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Emile Tarascon, un adjoint au maire privé de dessert !

Chères lectrices et chers lecteurs du blog….bonjour !

Certes le vent s’est clamé, et après un épisode neigeux les températures restent frisquettes et propices à mes petites recherches sur le net. Aujourd’hui, je vais à nouveau me plonger dans la deuxième moitié du 19 ième siècle, à Cabannes, en quête de témoignages ou de traces laissés par l’histoire de notre communauté.

Cette trace du jour , je l’ai découverte dans le journal «  L’univers » du 20 juin 1881, où un adjoint au maire de Cabannes nommé Emile Tarascon, demandait la publication d’un droit de réponse pour démentir de fausses informations. Lisons donc !

Ainsi, Émile Tarascon aurait reçu chez lui Paule Minck, sa mère serait légitimiste et il aurait été privé de dessert ?

J’ai pu retrouver le texte initial justifiant l’utilisation de ce droit de réponse….Que disait il ?

Pour comprendre, il convient, comme à chaque fois que l’on explore le temps et l’histoire, de recontextualiser cette période, marquée par des affrontements politiques entre cléricaux, royalistes, légitimistes et républicains….Le journal « L’univers » y a pris toute sa part car c’était un quotidien catholique , fondé en 1833 par l'abbé Jacques-Paul Migne.

Il devient à partir de 1840, sous la direction de Louis Veuillot, polémiste violent et doué, l’organe du « parti catholique ». Ultramontain et favorable au pouvoir temporel du pape, opposé à la politique italienne de Napoléon III, et interdit sous le Second Empire, il suit l’évolution légitimiste de Louis Veuillot sous la Troisième République. Plus tard, le « Ralliement à la République » se fera ensuite sous la direction d'Eugène Veuillot, le frère de Louis.

C’est ainsi que cette presse engagée, n’hésitait pas à diffuser de fausses informations dont le but principal était à Cabannes de faire peur et de discréditer le camp républicain dont faisait parti Emile Tarascon et qui en était un de ses représentants à Cabannes.

Mais qui était donc Paule Minck  pour qui le vin aurait été plus fort que la recommandation?

Adèle Pauline Mekarski, dite Paule Minck , est née le 9 novembre 1839 à Clermont-Ferrand et morte le 28 avril 1901 à Paris, c’était une femme de lettresjournaliste et oratrice socialistecommunarde et féministe.

Ardente républicaine depuis l’âge de seize ans, elle est tout naturellement hostile au Second Empire, et se tourne vers le socialisme révolutionnaire, après avoir pris conscience, à travers les conférences de Maria Deraismes, de la nécessité de lutter pour le droit des femmes, et notamment de celui des travailleuses. Elle est animée par des idées radicales, notamment un fort anticléricalisme, qui l'amène à défendre la législation du divorce, contre la représentation sacrée du mariage .

En 1868, elle fonde une organisation mutualiste féministe révolutionnaire nommée la « Société fraternelle de l’ouvrière », adhère à l'association Internationale des travailleurs, en défendant les droits des femmes au travail salarié et l’égalité salariale.

Lorsque la guerre de 1870  éclate, elle organise la défense d’Auxerre contre les Prussiens, ce qui lui vaut de se voir offrir la légion d’honneur, mais qu’elle refuse.

En 1871, lors de la Commune de Paris, elle ouvre une école professionnelle gratuite à l’église Saint-Pierre de Montmartre et anime le Club de la victoire qui se réunit à l'église de Saint-Sulpice rive gauche.

Après un exil et de retour en France, en 1880, elle séjourne à Lyon, Marseille et Montpellier. Dix ans après la répression de la Commune, Paule Minck continue à défendre ses idées révolutionnaires :

« On avait cru que cette commune était finie. Non ! Elle est plus vivante que jamais [...] c'est nous qui, en 1871, avons sauvé la République [...] Il faut que nous ayons la liberté absolue, si on ne veut pas la donner, il faut la prendre. Ce que nous voulons, c'est la république démocratique. »

Elle participa activement au Parti ouvrier français, fondé en 1882 par Jules Guesde. Sa candidature de facto aux législatives de 1893 dans le VIe arrondissement de Paris...les femmes n’ayant pas le droit de se présenter ! 

En 1888, elle fut rédactrice en chef au journal perpignanais le Socialiste des Pyrénées-Orientales, avant de revenir à Paris où elle collabora également à la Petite République, à l’Aurore, ainsi qu’au quotidien féministe la Fronde.

À sa mort, elle est incinérée au cimetière du Père-Lachaise, où se presse une foule de socialistes, anarchistes, féministes, le 1er mai 1901, lors de la journée internationale des travailleurs.

Ainsi, la présence de Paule Minck à Cabannes chez un adjoint au maire avaient de quoi déstabiliser... Emile Tarascon s’empressa donc de démentir les mensonges.

Mais qui était donc Emile Tarascon ?

Je me souviens que lors de l’écriture du livre « Au nom de la République, c’était à Cabannes...le sou des écoles laïques », son nom apparaissait lors de la première réunion fondatrice le 14 mars 1903 au côté des Léopold Vidau, Eucher Ferrier (futur maire), Goudemard Félicien, Vidau Joseph, Lapeyre Maurice, Veyne Eugène...etc.La plus part d’entre eux étaient membres du parti radical et radical socialiste.

Monsieur Tarascon avait été adjoint du maire Vidau Frédéric dans les années 1880 puis du maire Boyer Pierre en 1892.

On sait aussi, qu’il fut conseiller d’arrondissement, et qu’au côté de M. Ferrier et du maire M. Barret il était co-signataire d’un autre démenti paru dans le Figaro en 1901.

On sait qu’il fut élu conseiller d’arrondissement le 31 juillet 1904 et qu’il se représenta en 1910…Voici sa profession de foi où vous noterez qu'Eygalières depuis a obtenu satisfaction en étant une des dix communes de la communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles. 

Du côté de recherches sur l’état civil, Emile Tarascon est né le 20 février 1852,

en 1872 il vivait au domicile de ses parents dans le village « quartier sud » avec ses 3 sœurs et ses 2 frères, son père était pépiniériste,

il s’est marié le 17 octobre 1881 avec Culot Rose Pauline, receveuses des postes.

En 1911 le recensement laisse apparaître qu’il vivait avec sa fille « rue de l’hospice »...Je n’ai pu retrouver la date de son décès.

Voilà donc cette petite chronique du jour écrite où un républicain Cabannais engagé , pépiniériste, aurait pu croiser une militante féministe et socialiste. Tous deux, après avoir été privés de dessert par une mère légitimiste, auraient pu aller au café boire un bock de bière et un petit verre de cognac pour se consoler.

Bien cordialement et…Vive Cabannes ! Vive la République !

Cabannes, le 1 mars 2023

Jacques ROUSSET

 

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