Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !

Aujourd’hui nous sommes le 18 octobre et c’est un peu l’été indien…

Les chauds rayons du soleil illuminent le cours de la République et notre nouvelle maison commune rénovée. Et pourtant, dans quelques jours les premiers frimas vont sans doute apparaître faisant naître un sentiment nostalgique des chaleurs estivales mêlé d’espérance d’un printemps bientôt promis…Mais pour l’heure, le désir de profiter du soleil est à son comble, guidant de façon presque irraisonnée le passant dans la grand rue qui, surprenant, cherche l’ombre pour se rendre une dernière fois sur la terrasse du café de France….chez Maguy !

Sous les parasols ressortis en ce dimanche d’octobre, la jeunesse Cabannaise semble savourer à la paille, sans doute pour que le plaisir dure plus longtemps, les derniers rayons ainsi que des boissons rafraichissantes.

La terrasse est ensoleillée, pleine de vie et de sentiments joyeux. Il n’y a plus aucune table disponible. Soudain une main se lève, c’est celle de Michel qui est attablé en compagnie de Patrick. Je décide bien volontiers de répondre à l’invitation et de prendre place à leur table, Pierre nous rejoindra plus tard.

La table ne laisse que peu de place aux verres, embarrassée qu’elle est par d’anciennes cartes topographiques ou cadastrales…la discussion s’engage et les « je me souviens », les « avant il y avait » font que rapidement nos échanges et l’intérêt que nous portons à notre passé local évoquent le sens à donner au mot histoire.

L’étymologie du mot est pour nous très parlant. Le mot « histoire » vient du grec ancien historia, signifiant « enquête », « connaissance acquise par l'enquête », qui lui-même vient du terme  hístōr signifiant « sagesse », « témoin » ou « juge ».

Sagesse, témoin, juge ? La discussion s’engage où il nous apparaît que nos échanges et notre simple curiosité partagée du passé   ne nous font ni sages, ni témoins, ni et encore moins juge.

Très rapidement, nous faisons le constat que notre intérêt pour le temps passé ne fait pas de nous des historiens car notre approche subjective et affective pour notre commune est trop prégnante, mais sans être nostalgique.

Mais alors pourquoi cet intérêt ? Quel sens y donner ?

Des clients du café, étonnés et surpris à l’écoute de nos débats se rapprochent alors. L’un d’entre eux intervient « ce que je peux vous dire c’est que ce que vous faites est bien, c’est tout !...Merci »

Nous le remercions mais lui signalons aussi que cela ne nous aide pas vraiment à répondre à nos interrogations du moment presque existentielles.

C’est alors qu’il sort de la poche de son pantalon un papier froissé et dit : « je vais vous lire, si vous le permettez, quelques citations de grands hommes je pense que cela vous aidera….il s’agit de Febvre, Hegel, Valéry, Prost, De Gaulle, Wiesel, Nietzsche, Jaurès, …écoutez»

"L'histoire, c'est cela : un moyen de comprendre et, par là même d'agir

sur le cours des événements."

"L'expérience et l'histoire nous enseignent que peuples et gouvernements

n'ont jamais rien appris de l'histoire, qu'ils n'ont jamais agi suivant les
maximes qu'on aurait pu en tirer." 

"L'histoire, je le crains, ne nous permet guère de prévoir, mais,

associée à l'indépendance d'esprit, elle peut nous aider à mieux voir."

« L'explication du passé se fonde sur les analogies avec le présent, mais elle nourrit à son tour l'explication du présent. »

« L'histoire, c'est la rencontre d'une volonté et d'un événement. »

« L'homme de l'avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue »

« Un homme sans passé est plus pauvre qu'un homme sans avenir »

« L'histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l'invincible espoir. L’histoire humaine n'est qu'un effort incessant d'invention, et la perpétuelle évolution est une perpétuelle création. »

Le café de France était d’un seul coup devenu café philosophique quand d’un seul coup et d’un seul aussi, l’ami Pierre qui nous a rejoint intervient avec un sourire provocant    « Jacques dit parfois de moi que je suis anthropologue…on peut faire pareil avec l’anthropologie ? »

« Ah non, pas maintenant » s’exclament en cœur Michel et Patrick « l’histoire de Cabannes ne peut attendre ».

 

Nous sommes maintenant à l’intérieur du café et Patrick nous montre avec une grande délicatesse un document unique, autant que précieux et qui nous fait faire un bon de 183 années en arrière : Le tableau d’assemblage du plan cadastral parcellaire de la commune de Cabannes datant de 1831.

Pour l’histoire nous observons que le maire signataire du document était Antoine Sabatier qui avait été élu conseiller municipal et nommé maire le 9 septembre 1830. Il le restera jusqu’en 1832, il avait alors 71 ans et deviendra assesseurs du bureau du conseil dont le Président, c'est-à-dire le Maire, sera Cavaillon Xavier.

Il faut en effet se souvenir que la Révolution de Juillet 1830 entraîna le remplacement de Charles X par Louis-Philippe. Tous les maires ont été remplacés le temps d’élaborer une nouvelle loi municipale adoptée le 21 mars 1831. Le maire de Cabannes, comme ailleurs, sera donc nommé et choisi obligatoirement parmi les conseillers municipaux élus.

Ainsi, section par section, nous prenons connaissance, et cette fois avec un peu de nostalgie, de ce que fut l’aménagement de notre territoire.

Chers lecteurs, chers amis, je me dois impérativement et avant tout autre chose à la lecture de cette carte, corriger sans doute une erreur de ma part.

Rappelez-vous l’article sur la rue ou l’impasse de la Fabrique.

J’avais alors supposé, d’après les écrits de Léopold Vidau, que cette rue était devenue impasse du fait de l’extension d’une maison d’habitation appelée aujourd’hui « Maison Guez ».

Or, Patrick, Michel, Pierre, regardez attentivement ce plan cadastral de 1831, il semble qu’il y avait bien une rue mais dont l’entrée était légèrement à gauche, au tout début de l’impasse…

J’en ai fait le plan…Qu’en pensez-vous ?

La vérité historique allant au bénéfice du doute, au vue du cadastre il y avait donc apparemment une rue qui donnait sur le « fuyant du moulin » et une impasse…Le travail « d’enquête » contenu dans le mot « histoire » prend sens.

Autre observation cadastrale : Dans son livre, Léopold Vidau, et au chapitre « Eglise » qui est à relire, informait qu’entre 1857 et 1871, plusieurs délibérations des conseils municipaux « votèrent les crédits, rédigèrent le cahier des charges, achetèrent les immeubles voisins pour l’agrandissement et l’embellissement de l’église ce qui, à la rigueur, pouvait être nécessaire ; mais ils commirent la faute impardonnable de faire démolir l’abside romane… ».

Regardez, après avoir vu ces deux clichés, l’observation attentive du plan, nous laisse imaginer l’emplacement de ces constructions aujourd’hui détruites.

Les yeux pleins d’étonnement, notre lecture rapide et sommaire du plan cadastral se poursuit à l’intérieur du café. Le lieu est plus calme et plus propice à l’étude.  Plusieurs clients se sont joint à nous et manifestent leur curiosité. Un d’entre eux nous offre gentiment une boisson à bulle légèrement alcoolisée et fort appréciée par ses dernières chaleurs d’automne.

Je m’étais mis en tête depuis plusieurs mois de retrouver des éléments du patrimoine aujourd’hui disparu. La lecture de ce cadastre m’en fait parvenir une vague image ainsi qu’un emplacement certain.

Le bureau de bienfaisance tout d’abord, que j’avais évoqué lors d’une chronique sur la maison de retraite et que Monsieur Vidau avait pris la précaution de situer au 279 grand rue…C’est notre ancien centre communal d’action sociale…

Le bureau de poste ensuite, dont de la grand rue on pouvait alors rejoindre la place de l’église par un passage aujourd’hui condamné.

La mairie actuelle n’était pas encore construite, le très ancien mas rouge devait être magnifique vu sa taille et enfin l’immense parc du château si souvent cité par monsieur Vidau qui nous le faisait imaginer ainsi :

« Un   superbe   parc   ou garenne   complanté d’arbres séculaires, répandait la fraîcheur autour de l’édifice et protégeait la Ville contre le mistral ; il fut détruit sous la Révolution. II existait en 1830   une    double   allée   de   marronniers    qui   servait d’avenue extérieure,   et,   dans   un   rond-point,   la jeunesse venait danser son du tambourin. »

Mais il y a un bâtiment que je cherchais depuis, je dois le dire des années, c’est le moulin.

Cette quête était née d’une anecdote littéraire que j’ai plaisir à conter à mes compagnons du jour tout en finissant nos verres.

Rappelez-vous ! En lisant, toujours et encore, le livre « Histoire de Cabannes », au chapitre légende il est écrit :

« Comme toute vieille cité qui se respecte la nôtre a sa légende.

Il vivait, paraît-il autrefois dans notre ville, au temps des fées probablement, une famille appelée les « œillards » ; ses membres nouveaux cyclopes n'avaient qu'un œil au milieu du front.

Lors de l’agrandissement de   l'église,   de   bonnes gens   disent avoir vu extraire des crânes avec un trou percé au centre de l'os frontal, et tout   dernièrement le   maçon   Doche,   en   creusant les fondations d'une maison à proximité de ce même monument, mit à nu un crâne présentant la particularité attribuée à cette famille.

Malheureusement   pendant qu'on   allait chercher   le   docteur,   un enfant (cet âge est sans pitié) le brisa.

Ces deux faits invraisemblables ont perpétué parmi le   peuple la légende des « œillards ». »

Chers amis, malgré mes sollicitations et enquêtes il y a quelques années, cette légende semblait totalement oubliée de la mémoire collective. Je pensais alors que peut être, un jour, lorsque la collectivité éprouvera la nécessité de refaire la place du château, de l’église et du poilu, cœur historique de Cabannes  qui en a bien besoin, de nouvelles fouilles exhumeront le crane d’un œillard ? Qui sait ?

Après ce constat, mon attention se tourna vers le mot œillard dont la définition suivante était donnée dans le dictionnaire de mécanique appliquée aux arts 1823 : Œillard : trou cylindrique au centre d’une meule…

Et c’est ainsi que, passant du coq à l’âne, la lecture d’une légende associée au nom d’une rue dite du moulin, ou d’un canal du même nom, je me mis en recherche de celui-ci.

Je n’ai trouvé personne qui en aurait gardé le souvenir et ce n’est que récemment que j’en ai retrouvé traces.

Le premier indice provient d’un manuscrit écrit par Léopold Vidau préparant sans doute l’écriture de son livre mais qui n’a jamais été publié. En voici la transcription :

« Le groupe scolaire fut construit de 1884 à 1885 sur un terrain acheté par la commune à « la dame Pellissier ». Cette propriété était dite du « moulin banal ». En cette époque « l’ancienne fabrique à soie » avec terrain et jardin était loué à un industriel pour la fabrication des paniers, corbeilles, caisses pour emballages des fruits et primeurs. Cette ancienne fabrique était également la propriété « Pelissier-Bernard » et avait également été acquise par la commune…./…Côté midi et séparé…du canal aujourd’hui dévié, se trouvait le moulin à farine dont la construction remontait à l’époque seigneuriale et qui a été démoli à la même date qu’a été construit le lavoir public../…il existe sur son emplacement et sur celui du séchoir une vaste place dite place du moulin, traversé par le chemin du Deven. »

Le deuxième indice, chers amis, c’est ce que nous avons sous les yeux en contemplant le cadastre de 1831.

Le moulin a désormais au moins l’image cadastrale de son implantation. Détruit vraisemblablement en 1901, il se situait en bordure de l’actuelle place du Lavoir qui fut il y peu place du 19 mars 1962 après avoir été celle du moulin.

Quant au lavoir, nous pouvons l’apercevoir sur ce cliché sur le lieu de sa construction qui date de 1901.

Voila donc près de deux heures que nous sommes là à discuter. Le temps passe vite. La grand rue est désormais dans l’ombre et la fraîcheur du soir en ce mois d’octobre se fait sentir…l’heure de l’apéro approche mais nous n’avons pas encore achevés toutes nos observations….Y parviendrons nous d’ailleurs un jour ?

Nous fermons le précieux cadastre et le plaçons sur une table du café…nous y reviendrons. Michel étale délicatement sur la table un nouveau mais très ancien document : la carte chorographique et historique de la Viguerie de Tarascon datant de…1757.

Cette carte nous permet tout d’abord d’observer l’image de notre commune qu’en donnait ce document. Le château de Cabannes dominait le village.

L’occasion est trop belle de se remémorer et de relire Léopold Vidau à propos du château…

Extrait :

« Il serait très hasardeux de fixer une date, même approximative à la construction du château : il est fort probable que, sous une forme ou sous une autre, il a existé dès que le premier maître est venu s'installer au village et a pris possession du territoire.

Il existait avant   1172   une carte de la viguerie de Tarascon, propriété   de   Mr   Dorlhac   de   Borne,   porte   en   marge   tous   les « castrum » de la viguerie et celui de Cabannes y figure.

Le château actuel a la forme d'un parallélogramme ; une énorme tour du   côté   Ouest  y  était   adossée ;   cette  tour  menaçant  de s’écrouler  et   étant  un  danger   permanent   pour   les   habitations  voisines,  un des propriétaires actuels la fit raser en 1894, et, des matériaux, en fit édifier les Arènes. »

C’est ainsi que nos souvenirs se sont alors attardés sur un cliché des anciennes arènes parvenu jusqu’à nous….

Mais reprenons ce que disait M. Vidau du château :

« La partie Nord est du XIIIe et XIVe siècle ; les croisillons et ogives des fenêtres géminées sont très apparents ; transformé à diverses époques, il ne reste qu'une porte romane, à plein cintre de son origine. On est frappé de la rusticité de sa construction, du peu d'harmonie de ses parties qui n'est motivé ni par la disposition du terrain, ni par les avantages matériels…/…. Il fut agrandi et fortifié au XVe siècle par Antoine de Pontevès qui employât, à cet effet, des pierres provenant des ruines du couvent Templiers ; la croix et le monogramme figurent a maints endroits de l'édifice. Il dut également se servir des matériaux des remparts et des portes de la Ville qu'il obtint de faire démolir en 1476…. /…

Rien  de   remarquable ne signale le  château  à la curiosité du touriste ; cependant les  plafonds,  très  beaux et bien conservés sont du XVIe siècle; la vaste salle d'honneur possède une superbe  cheminée, mais des vandales en ont mutilé les cariatides ; tous les ornements   ont   été  badigeonnés   et  sont   couverts d’une lèpre hideuse ; les  amours   qui,   sur  les  portes,   soutenaient le blason  seigneurial, n'ont pas trouvé grâce, et les mêmes mains criminelles  s'y sont appesanties…/…Une cour d'honneur s'étendait devant le château  et un souterrain qui fut complètement comblé lors de la construction de la maison Devine le reliait à l'église. »

L’occasion est trop belle que d’illustrer le propos monsieur Vidau avec des clichés pris par Pierre à l’intérieur du château juste avant son emmurement.

Ainsi, cette carte chorographique nous conduit à porter notre regard sur l’histoire…L’heure avançant, il serait trop long ce soir d’échanger sur tous les aspects que révèlent notre lecture cartographique commune. Mais il est tout de même un point qu’il nous faut garder en mémoire à l’heure où se construit une rocade, c’est l’observation des routes qui faisait qu’à l’époque une voir Royale passait à Cabannes.

Mais une nouvelle observation, cette fois émanant d’un client du café, vient nous interpeler : « vous avez vu que Cabannes était écrit avec un seul N ? »

Oui, nous l’avions vu….évidemment ! Je rajoute en réponse que Léopold Vidau lui aussi en son temps l’avait vu….et que c’est encore une bonne occasion de relire son livre pour en trouver un repère chronologique de cette modification, mais que nous n’allons pas le faire ce soir car l’heure tourne.

L’heure ? Et oui l’heure ! Patrick se lève subitement l’œil sur la pendule du café marquée aux couleurs d’une boisson anisée. Pierre en fait de même me laissant seul avec Michel dans la salle du bar maintenant désertée de ses clients.

Instinctivement nos regards, comme aimantés, se portent sur un coin du cadastre proche de la Durance intitulé : prise actuelle (Nous sommes en 1831).

Les commentaires et les observations se succèdent. Michel précise que cette prise d’eau historique située sur le territoire communal n’existe plus depuis longtemps et que son environnement a été, en plus, victime du passage de l’autoroute.

J’observe avec lui qu’avant 1830, un « nouveau canal d’amenée et de jonction » avait été construit, renforçant sans doute le prélèvement de l’eau pour arroser le territoire communal.

L’eau prenait alors la direction de Cabannes par le canal dit du « moulin » en longeant un petit chemin dit du « Louerion » ou parfois écrit « Louriaou » qui est devenu de nos jours, et sans doute très récemment sans que l’on en puisse donner une explication, le chemin du Réal.

Il serait à mon avis très opportun de renommer ce chemin par son nom originel tel qu’il est mentionné sur les anciens cadastres ou dans les écrits de Léopold Vidau. Cela à mon avis, dis-je à mon interlocuteur d’un soir, qu’une rocade va faire de ce modeste chemin longeant un canal qui a nourrit Cabannes, un des accès routiers des plus fréquentés aménagé d’un « rond point » risquant bien de précipiter dans l’oubli l’histoire de son existence.

Tu as raison jacques, ce canal et son chemin sont très anciens, les droits d’eau, précise Michel, remonte au moyen âge et étaient accordés par l’église.

C’est alors, nous nous situons toujours en 1831, qu’un évènement, dix ans plus tôt, en 1820, venait de changer l’histoire de l’irrigation jusqu’à nos jours. L’information nous la détenons de M. Vidau :

« 28   Février   1820.  Le Conseil est appelé à   statuer proposition faite par la Cie du canal Boisgelin ou des Alpilles, qui offrait de dériver du canal principal une branche pour irriguer territoire de Cabannes. La proposition fut repoussée sous prétexte que le canal communal arrosait la plus grande partie du terroir, et en raison des fortes dépenses que cela entraînerait.

Même délibération sur ce sujet, avec conclusions identique, le 10 Juin   de cette même année ; moins d’un siècle plus tard, ce manque   de   prévoyance coûtait   à   la Ville   100,000 franc sans compter les conséquences désastreuses d'un présent incertain et d’un avenir rempli d’aléa. »  

Oulala ! M. Vidau ne semblait pas satisfait de la décision prise en 1820 qui consistait à refuser l’offre faite par le canal des Alpilles ! Et il en rajoutait une couche, j’ose l’expression, à l’encontre de bon nombre de décideurs locaux et successifs :

« Et certes, il n'y a pas lieu d'adresser des félicitations à ces édiles, pas plus que de célébrer la mémoire de ceux qui laissèrent, non sans protestation, il est vrai de le dire, construire le pont de Bonpas autre part qu'à Peire-Vert, ce de ce qui de ce fait, amena la suppression de la route nationale ; sont ils davantage  à   porter  sur   le  pavois et méritent-ils  des  couronnes civiques  ceux  qui,   pour   une mesquine question  de  terrain et de clientèle d'auberge, découragèrent les ingénieurs de la Compagnie P.L.M.  dont le   projet  et   l'itinéraire  primitifs  étaient  Avignon, Cabannes,   Saint-Andiol,  Orgon,  etc.;  et,  sans  parti-pris,   sans acrimonie, en toute conscience, nous ne pouvons que blâmer ceux qui ,  abandonnant   le  projet F. Vidau   pour   le canal  des  Quatre-communes, firent adopter celui qui fut mis en exécution. Rêveurs,  nous  nous demandons et nous le  demandons  à  nos concitoyens, quelle  aurait été la destinée de notre chère Ville,  si branche projetée du canal des Alpilles avait été acceptée;  si  la route nationale traversait Cabannes; si le pont était à Peire-Vert; si maintes  fois  par jours nous  entendions  le  sifflet  strident   des puissantes  locomotives  du P.-L.-M.,   et   si,   enfin,  au  lieu   d'être tributaires du canal des Quatre-Communes nous en avions gardé la   maîtrise,   en   le   faisant   exécuter   tel   que   le   voulaient   et   le rêvaient tous les hommes de cœur, qui  n'avaient  en vue que les intérêts sacrés de notre Cité? »

Je ne vous cache pas que la lecture de ce passage nous fait quelque peu transgresser et transposer à aujourd’hui la question que posait il y a un siècle, M. Vidau…

Heureusement qu’aucun client du café de France n’est présent à cette heure tardive pour entendre nos jugements. Notre pudeur, et sans doute « l’intérêt sacré de notre Cité », me conduit à utiliser mon droit de réserve, avec l’assentiment de Michel, quant à l’écriture de cette chronique.

Mais revenons en à notre canal….1820, 1831 et maintenant 1913, citons un extrait :

« Le canal d'irrigation a sa prise comme le Louérion des Romains au   « Trau-trouqué »   à    Orgon ;   il   a,   par   suite   du   décret 3 Novembre 1893, remplacé celui concédé en l352 par Philippe de Cabassole.

  Il fut créé à la suite d'une convention, très onéreuse pour Cabannes,  entre celle-ci et  les communes  de S'-Andiol, Verquières et de Noves;  de ce fait, il a  nom canal  des  Quatre Communes;   son   débit  est de   2.000  litres   dont  la   moitié Cabannes ; le bassin de partage des eaux est situé sur le territoire de  S'-Andiol.   L’administration du   tronc commun est   confié huit Syndics, deux par ville intéressée ; le siège du Syndicat est ; Cabannes. 

Un syndicat communal, formé en 1909, est également chargé d’administrer et de   réglementer   la   branche   qui dessert notre territoire.

La part seigneuriale de la concession de l352 était, en 1884 la propriété des hoirs Pélissier ; elle fut achetée au profit de la Ville ainsi que   le   moulin,   la fabrique et   108 ares de terrain,   par la Municipalité F. Vidau.

Un   emprunt de 5o.ooo francs fut contracté à cet effet, trente-trois ans   (1884-1916);   le   montant   de   l'annuité   de 2.850 fr. 66. »

J’interpelle alors Michel en lui disant que et écrit publié en 1913 laisse entrevoir que la construction d’une nouvelle prise pour le canal des quatre commune ne fut pas une petite affaire.

Ah non s’écrit-il, regarde !

Il me montre alors , sorti d’une vieille enveloppe kraft, divers anciens documents datant de la deuxième moitié du 19ième siècle qui retracent en fait diverses étapes de la préparation de la construction de la nouvelle prise d’eau. Un document, signé entre le marquis d’Estourmel et les maires de Noves, Cabannes et Saint Andiol, est intitulé avec cette orthographe, du « trou Turquet » (et non Trau-trouqué), un autre est une délibération manuscrite  du conseil municipal de 1880 qui traite de l’acquisition par la commune du moulin à farine et du canal, un autre dit « Rapport d’enquête » évoque une épidémie cholérique à Arles pendant le mois de juillet qui fit annuler une réunion d’une commission d’enquête, un autre représente les plans dessinés du « Pertuis de sureté », d’autres témoignent et témoignent encore de l’importance des enjeux de la création du canal des quatre communes…

La nuit est tombée sur le café de France et vu l’heure avancée nous, n’avons plus le temps ce soir de les examiner tous, ranges les Michel on verra cela plus tard car je voudrais te dire maintenant qu’à mon avis Léopold Vidau manifestait, à l’image des habitants, une attention particulière à l’eau qui venait irriguer le territoire. Il manifestait cette attention dans un autre manuscrit dont la copie est parvenue jusqu’à nous.

Il rappelait alors à ses concitoyens que, je cite, « le vallat de l’agoutadou construit par les templiers pour servir à l’écoulement des eaux et à l’assainissement du territoire est devenu en même temps et depuis la nouvelle organisation du régime des eaux, un grand fossé d’arrosage »

Michel me fait observer qu’à cette époque on ne parlait pas de PPRI ni de PLU….et pourtant ! Je lui demande à si ce rappel du rôle et de la fonction d’assainissement de notre précieux réseau d’arrosage n’est toujours pas d’actualité en lui montrant la suite de l’écrit.

Après lecture Il confirme qu’aujourd’hui le problème est quasi à l’identique, certes pour d’autres raisons aussi, mais il est fort préjudiciable, pour reprendre l’expression, que « la disparition de fossés qui servent à d’écoulement quand règnent de fortes pluies et dont la nécessité se fait aujourd’hui sentir bien davantage lorsque les même cas se reproduisent en raison surtout de ce que les irrigations sont devenues d’un usage permanent. »

Nous convenons que de nos jours les fossés et fioles creusés patiemment au fil du temps pour contribuer à l’essor de l’économie locale sont parfois oubliés, laissés sans entretien du fait de la disparition d’activités agricoles. Nous constatons aussi que la mise à mal de ce réseau augmente considérablement les problèmes d’assainissement du territoire.

Cette approche nous apparaît justifiée au regard du nombre d’habitants accueillis sur la commune. Nous étions, à en lire M. Vidau, 500 en 1630, 1000 en 1710, 1400 en 1790, 1534 en 1830 au moment où est élaboré le cadastre, 1506 en 1901, 1909 en 1912 avec la période d’essor agricole…

Depuis la population n’a cessé de progresser : 2067 en 1931, 2767 en 1975, 2982 en 1982, 3929 en 1990 et plus de 4300 de nos jours ! Dans la même période, me fait observer Michel, le nombre d’agriculteurs s’est effondré et le rapport à notre indispensable réseau d’irrigation s’est profondément modifié.

C’est sur ce constat qui réactualise en nous la question que posait M. Teissier sur le devenir de « ce village heureux de nos parents » que finissons nos verres… Nous décidons de quitter le café et saluons Maguy qui avait déjà rangé parasols, chaises et tables en terrasse…La grand rue est calme.

 

Cette chronique étant sans doute la dernière qui sera édité sur papier, je souhaite en guise de conclusion reprendre simplement les propos de M. Vidau, car sans son livre et ses témoignages, jamais je n’aurai éprouvé ce besoin d’approcher l’histoire de notre chère commune….écoutons le :

« L'Histoire tôt ou tard juge impartialement mais impitoyablement les hommes et les faits. Que les grands exemples de magnanimité, de volonté, de grandeur d'âme et de désintéressement donnés par les Rostang, les Laugier,   les Duprat et tant d'autres, inspirent nos Administrateurs ;   qu'ils   mesurent,    afin   de    les   éviter,    les conséquences néfastes des lourdes fautes commises ; les destinées a Ville sont entre leurs mains ; que dans l'avenir ils n'obligent par leurs successeurs à supprimer notre fière devise :

VOLAT   FAMA   PER   ORBEM. »

 

C’est sur ces mots que je vous quitte, sans oublier bien sur de remercier tous les contributeurs qui ont permis l’écriture de ces petites chroniques historiques.

Pour la soirée de ce soir au Café de France je remercie amicalement pour leurs contributions respectives Patrick Macioci et Michel Autard.

Le café de France nous a si souvent gentiment accueillis, avec Pierre, j’en remercie ses clients : Fernand, le mari de Roselyne, Maurice, Félicien, Robert, Pierre, Michel, Etienne, la personne qui venait souvent en vacances à Cabannes et….Maguy bien sur qui ce soir a fermé bien tard pour nous laisser en écrire …une petite  dernière pour la route !

 

P.S. (Post scriptum) : Le Louriaou doit trouver place !

Nous sommes aujourd’hui le 15 novembre 2014 et je pensais que nos échanges historiques autour d’un verre auraient temporairement pris fin le 24 octobre chez Maguy. Mais voila, l’actualité municipale et le présent, m’obligent à jouer les prolongations littéraires.

Une question était à l’ordre du jour du dernier conseil municipal de novembre :

Adopter la dénomination « Place Henri Dunand » le parking de l’école et la dénomination « Rue Bardon » pour la petite rue en prolongement de la rue des prés.

La nomination de la rue Bardon, votée à l’unanimité, est une vraie satisfaction. C’est une reconnaissance de « nos édiles » pour le modeste travail collectif réalisé au café de France et qui a contribué à se souvenir de la proposition faite en 1974 par monsieur Jean Girard, alors président de la mutuelle « La fraternelle ».

Je n’en dirai pas au tant du vote d’une partie majoritaire de nos « édiles » qui ont repoussé ma proposition de nommer à Cabannes les lieux publics, en l’occurrence, le parking des écoles, par un nom qui est en lien étroit avec l’histoire de la commune afin que la mémoire notre patrimoine commun puisse de cette façon être transmis aux jeunes générations.

Des grands hommes il y en n’a à la pelle dans l’histoire et M. Dunant en fait partie, ce n’est pas cela question.

Mais il me semble, au travers de l’étude des noms de rues, de places, de voies que la nomination des espaces publics dans notre commune a toujours été conforme à notre histoire locale parce que partagée par la communauté, indépendamment des engagements des uns et des autres…

Je n’ai pas souvenir qu’un pouvoir local éphémère transgresse cette permanence, ce qui me fait dire que l’histoire n’appartient à personne ou à tout le monde….Non ?

C’est donc au nom de notre histoire communautaire que j’ai fait la proposition de nomination de ce lieu : de l’Ouerion ou l’Ouriaou comme l’écrivait Léopold Vidau. J’aurai pu proposer la dénomination de « La Nation »du nom de ce quartier.

Aujourd’hui nous connaissons le chemin du Réal. Je n’ai pu découvrir dans mes recherches traces de la date de cette appellation sans doute très récente. Par contre dans de nombreux écrits dont ceux de M. Vidau, nous retrouvons le nom de ce chemin, orthographié de plusieurs façons, qui longeait le canal du moulin jusqu’en Durance.

C’est avec intention de laisser aux jeunes générations un repère historique fort sur l’histoire de notre commune que j’en ai proposé ce nom aujourd’hui disparut et qui pourtant est associé à l’acheminement de l’eau, depuis le temps des Romains, qui a tant contribué à l’essor de notre commune.

 

Je m’excuse auprès des passionnés d’histoire de Cabannes de ne pas avoir trouvé les arguments suffisants en conseil pour convaincre…peut être que vous, vous  les trouverez ?

J’aurai souhaité terminer sur une autre note cette deuxième étape d’un « travail d’enquête » sur notre propre histoire commune, mais cet évènement ne fera que m’encourager à poursuivre ces recherches au service de notre commune….en toute « indépendance d’esprit » !

Cette indépendance me conduit à porter à votre connaissance un manuscrit écrit de la main de M. Vidau qui listait le nom des chemins à Cabannes au début du 20 ième siècle afin que personne, on ne sait jamais, ne les oublie un jour, et…Vive Cabannes !

 

 

Publicité
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
HISTOIRE DE CABANNES: Plan cadastral 1831, Œillards, Erratum, Eau, Ouriaou et intérêts sacrés de la cité !
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :