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En cette période de commémoration du 70ième anniversaire du conseil nationale de la résistance, une exposition est organisé chez nos voisins de Saint Andiol du 27 mai au 27 août intitulé « Jean Moulin, Résistant et artiste provençal ».

C’est une exellente occasion de se souvenir….de Jean Moulin et du CNR

Pour mémoire : Le 27mai 1943, sous l’égide de Jean Moulin, les représentants des mouvements de résistance se regroupent sous l’autorité du Conseil national de la Résistance. Dix mois plus tard, paraît son programme : «les Jours heureux». Un programme toujours combattu par le patronat.

« L’enseignement à retenir de la création du CNR, le 27mai 1943, c’est le formidable espoir qu’elle allait susciter dans les rangs de la Résistance et au-delà pour tous les révoltés des luttes du futur ! En effet, comment ces jeunes réunis en pleine clandestinité pouvaient-ils imaginer que le programme d’invention sociale qu’ils allaient forger deviendrait réalité deux ans plus tard dans une France qu’ils allaient libérer ?» Ces mots de Stéphane Hessel soulignent la portée du 27mai 1943 : une éclaircie de dignité dans la désespérance de la guerre. Une éclaircie que le patronat français n’aura de cesse jusqu’à aujourd’hui d’éteindre. «Nous ne pouvons nous contenter des vieilles recettes d’autrefois, assure Laurence Parisot, parlant de la protection sociale. Nous avons besoin d’imaginer un nouveau modèle… Réformons vite nos systèmes qui sont archaïques.»

Ce jour-là, 48, rue du Four, à Paris, dans l’appartement de René Corbin, s’unifie, sous l’autorité de Jean Moulin, l’ensemble des mouvements de résistance français. Ce jour-là, les résistances devinrent « la Résistance ». Posons le décor. Hiver 1942-1943. À l’Est, la guerre bascule. Embourbées à Stalingrad, les armées nazies plient devant l’Armée rouge. La nouvelle court les maquis et accrédite l’idée que le IIIe Reich n’est pas invincible. Constant Paisant, un des FTPF qui s’illustrera en 1944 aux Glières, se souvient : « Ce coup fatal à l’Allemagne, c’était le vent de l’espérance. Il nous porta au long de nos combats, particulièrement dans la tragédie du plateau où allaient mourir plus de 150 camarades. »

De Gaulle missionne un préfet de quarante-deux ans, Jean Moulin

Autre bouleversement, le débarquement anglo-américain en Algérie, le 8 novembre 1942. La guerre se déplace vers le sud et engage une bataille entre les Alliés et le général de Gaulle, à Londres, pour le contrôle d’Alger et, par voie de conséquence, le leadership de la France libre. Les Américains, relativement bienveillants à l’égard de Vichy, parient sur le général Henri Giraud pour diriger la France sous future autorité américaine. De Gaulle souffre d’une vraie légitimité tant vis-à-vis de la résistance intérieure que des Alliés qui lui dénient la qualité de seul représentant de la France libre. Il lui faut gagner le soutien de la résistance française. C’est dans ce contexte qu’il missionne un préfet de quarante-deux ans, Jean Moulin, pour coordonner les différents mouvements de résistance.

L’homme, révoqué par Vichy, a entrepris ce travail d’unification dès son entrée dans l’armée de l’ombre. Dès 1941, il lie contact avec les mouvements de résistance, unifie peu à peu la Zone Sud par la création de l’Armée secrète et des MUR, tandis que s’organise le rassemblement de la Zone Nord. Au terme de laborieuses négociations, alors que la Gestapo emprisonne et déporte en masse, Jean Moulin parachève la coordination des actions sur tout le territoire et assure un socle solide au futur gouvernement provisoire. Mais ce « nœud de résistance » qui unit les forces de toute appartenance politique, des communistes à la droite non collaboratrice, cache aussi un « nœud de méfiances ». Méfiance à l’égard du Parti communiste, force vive, implantée et fortement organisée, dont il s’agit de museler les prétentions, suspicion des mouvements de résistance à l’égard de Londres et de De Gaulle, dont ils redoutent l’hégémonie, méfiance extrême des mêmes mouvements à l’égard des partis politiques suspectés d’avoir précipité la faillite de la République en 1940.

Un âpre débat s’engage. Les contacts noués à Londres entre le Parti communiste et de Gaulle par l’entremise de Fernand Grenier ainsi que la reconnaissance par les Alliés d’un Comité français de libération nationale à Alger vont lever les derniers obstacles. Ils sont 19 (8 représentants des mouvements de résistance, 6, des partis politiques et 2, des syndicats de la CGT, réunifiée aux accords du Perreux en 1942, et CFTC) à se retrouver, le 27 mai 1943, sous la direction de Jean Moulin, assisté de deux secrétaires, Pierre Meunier et Robert Chambeiron, qui raconta plus tard : « La réunion, difficile à organiser, fut brève. Sécurité oblige. Jean Moulin rappela les buts de la France combattante… On a écrit beaucoup de choses sur l’âpreté des négociations ; en fait, tout se déroula dans une atmosphère d’unité patriotique. »

L’atmosphère sera moins paisible quand le CNR se penchera sur l’élaboration d’un programme. On imagine les oppositions violentes de la droite à un ensemble de mesures qui vont conjuguer invention sociale et audace révolutionnaire. Le texte final est le fruit de neuf mois de discussions, de multiples moutures proposées par les différentes parties, débattues à Alger et au sein du CNR, dirigé par Georges Bidault à la suite de l’arrestation de Jean Moulin, le 21juin 1943, puis par Louis Saillant (CGT), qui impulsera fortement la réflexion vers l’innovation sociale. Paru le 15 mars 1944, sous le titre les Jours heureux, le programme développe, en une première partie, «un plan d’action immédiate», qui lie appel à l’insurrection et développement de la lutte pour hâter la Libération. La seconde partie, plus politique, décline, au futur, liberté, démocratie économique et sociale et solidarité.

Au fil des articles s’affine le visage d’une démocratie nouvelle où l’homme est la pierre angulaire de l’avenir. «Mettre définitivement l’homme à l’abri du besoin, en finir avec les angoisses du lendemain». Les mots esquissent les grandes réformes à venir qui fondent une République de citoyens où l’homme est à la fois acteur et gestionnaire de sa propre vie. Dans ce programme, s’affiche la volonté de rompre avec l’ancien monde et d’ouvrir la fin du siècle sur l’invention sociale : «Instaurer une véritable démocratie sociale impliquant l’éviction des féodalités économiques et financières de la direction de l’économie… Droit d’accès aux fonctions de direction et d’administration pour les ouvriers… Retour à la nation des grands moyens de production monopolisés… Droit au travail… Presse libre et indépendante…»

Soixante-dix ans après, ce programme est toujours d’une actualité brûlante

L’audace au service d’un peuple avide de justice. La France de 1793, revisitée par ceux qui ont lutté, souffert, espéré. Le programme va inspirer toutes les grandes réformes des gouvernements de la Libération : nationalisations, fonction publique, Sécurité sociale, comités d’entreprise, retraites, statut des mineurs, des électriciens et des gaziers… Un visage de dignité rendu possible par le rapport de forces de l’époque : 5millions d’adhérents à la CGT, 29% des voix au PCF (et des ministres ouvriers tels Ambroise Croizat ou Marcel Paul…), une classe ouvrière grandie par sa résistance héroïque, un patronat sali par sa collaboration.

Soixante-dix ans après, ce programme est toujours d’une actualité brûlante à l’image de la haine qu’il suscite chez le patronat. En témoigne Denis Kessler, un dirigeant du Medef qui, en 2007, incitait le gouvernement à se défaire au plus vite «d’un système ringard, hérité du CNR, de la CGT et des communistes».

Auteur de : Ambroise Croizat ou l’invention sociale (édition revue et augmentée, éditions Gap, 2012, 256 pages, 30 euros, port inclus). L’Histoire de la sécurité sociale, éditions Gap, 2013, 85 pages, 12,50 euros (port inclus). Envoyer ses coordonnées et un chèque à Michel Etiévent, 520, avenue des Thermes, 73600 Salins-les-Thermes.

Les jours heureux...
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