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Le port de Cabannes, les crues, du tragique et trois pouvoirs : Parlement, Mistral et Durance.

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C’est une contribution qui vient de nous parvenir par courriel, qui m’incite à écrire une nouvelle chronique, dont le thème sera : la Durance.

Les liens qui unissent notre commune et ce « fleuve » qui prend sa source sur les pentes du sommet des Anges, sont très étroits et ont de tous temps marqués l’actualité.

Aujourd’hui encore c’est le cas avec la question du plan de prévention des risques d’inondations. Ce PPRI est parfois vécu, devant ses incertitudes, comme une contrainte exagérée qui conduit légitimement plusieurs communes à le contester.

Certes, le principe de précautions apparaît en la circonstance être appliqué à la lettre, mais, nos recherches dans l’histoire, peuvent donner aussi quelques raisons à cela. Ces recherches me font interroger avec un brin d’humour mêlé de provocation : et  si en fait les réponses apportées en 2013, ne seraiennt pas quelque part réponses à une observation que Léopold Vidau faisait en 1913 ?, citons le :

« il est fort regrettable que les auteurs des statistiques n’aient pu voir les crues effrayantes qui ont laissé un triste souvenir dans nos campagnes ; car, s’il leur avait été permis d’en constater et d’en mesurer les terribles et désastreuses conséquences, ils n’auraient surement pas écrit les pages 97 et 98 du premier volume de leur ouvrage ; elles dénotent une connaissance peu approfondie de l’hydrographie et de la géologie du bassin de la Durance. »

L’auteur de « L’histoire de Cabannes » faisait alors l’historique impressionnant des crues de la Durance et citait : 1358, 1362, 1440, 1651, 1667, 1678,1725 où « l’eau vint dans la ville ; quantité de maisons et douze granges furent démolies ; la population fut obligée de se réfugier à l’église et au château… ». Puis 1728,1755 où « un mistral épouvantable souffla huit jours consécutifs et fît écrouler quantité de maisons que le séjour prolongé des eaux avait déjà ébranlé. ». Et encore, 1758, 1768, 1771, 1790 où suite à la crue « le Directoire autorisa Cabannes et quinze commune intéressées, à réparer ou prolonger les paillières… ».

Citons encore les crues de 1801, 1843, 1856, 1882, 1886 où « Cette crue formidable emporta les ponts de Pertuis, Mérindol, Mallemort, Cavaillon, et une partie de celui de Bonpas… »…Et enfin celles de 1906, 1907…

Sous cet angle là on pourrait donc mieux comprendre le « PPRI » en 2013. Mais ce texte a été écrit en 1913 et depuis, de nombreux aménagements sont intervenus : endiguements, barrage, ligne électrique, autoroute, voie ferrée, bientôt une rocade…on ne refait pas l’histoire !

 digue

Ce qui est certain c’est que nous comprenons mieux l’importance que la communauté d’alors attachait à la création en 1848 du onzième syndicat de la Durance et à la construction des digues entre 1774 et 1907 comme celles du Grand Bois et Romanin, de Laugier, de Sainte Madeleine, du Devens, du Mas des Galons, Des Jardins, du Grand Bois, du Mas de l’air…

Ce rapport à la Durance nous éclaire sur les paroles de Monsieur Vidau qui introduit un chapitre de son livre consacré à la Durance par ces mots :

« …ses eaux bienfaisantes et fécondes répandent la richesse et la fertilité ; mais la capricieuse rivière fait parfois payer très cher ses faveurs aux riverains… » et il rappelait de plus un dicton : « Le Parlement, le Mistral et la Durance, Sont les trois fléaux de la Provence »

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Mais revenons en à cette contribution (merci à Olivier) qui est à l’origine de cette chronique par l’envoi d’une copie photographiée d’un arrêté du 1er mars 1791, émanant du Directoire du département des Boûches du Rhône et qui :

« Ordonne le rétablissement près des bureaux des douanes nationales et les grandes routes des bacs sur la Durance, notamment celui de Bonpas… »

C’est donc à la page 169 de la ré-édition de l’histoire de Cabannes, que nous avons trouvé trace de cet arrêté et les raisons de sa promulgation :

« Le conflit prit à ce moment de graves proportions et menaçait de tourner au tragique ; devant l’audace et la ténacité des gens de Noves, la force armée fut obligée de sévir plusieurs fois. Car en dépit des arrêtés du Département des 4, 15 et 27 décembre 1790 et ceux du 1er mars et 30 juin 1791 ; en présence de l’obstination de nos voisins, des suites néfastes que pouvait entrainer cet entêtement, et pour mettre fin à une situation qui semblait vouloir s’éterniser…/…le directeur du District de Tarascon autorise M. de Coblance, Capitaine du port et commandant des douanes nationales, à mobiliser les gardes nationales de Cabannes, d’Eygalieres et d’Orgon pour faire exécuter les dits arrêtés, c'est-à-dire reconstituer le bac au lieu dit de « Bon-Pas », ce qui fit fait le 12 aout ».

 

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Tragique ? En fait Léopold Vidau relatait longuement un conflit de voisinage entre Noves et Cabannes…Nous étions loin des bonnes relations intercommunales, citons le comme invitation à la lecture de son ouvrage : 

« De tout temps la juridiction sur le pont et le bac de Bonpas fut un sujet de discorde entre Noves et Cabannes et entretint une haine latente entre les habitants des deux cités voisines ; la raison en était que bon nombre d’étrangers de marque, voyageurs, voitures, charrettes, s’arrêtaient aux hostelleries de Cabannes, traversée par la route Royale, et que quelquefois des circonstances imprévues obligeaient à stationner plusieurs jours. Maintes fois les Municipalités de Noves, de force ou par surprise, firent descendre la barque proximité de leur ville ; chaque fois cette tentative fut réprimée ; Juin 1690, Mars 1755, Septembre 1766, Juin 1767 ; le bac fut enlevé de nouveau dans la nuit du 17 Septembre 1790 et transporté au rocher du Puech.. »

C’est ainsi, que le Directoire du département dans l’arrêté qui nous a été envoyé, ordonnait que les fermiers des bacs près de Bonpas, Barbentane et autres rétabliront dans le plus court délai, le passage le plus près possible des grandes routes et des bureaux des douanes nationales. Il obligeait l’affichage des tarifs, un nombre de bateaux suffisant, et autorisait la commune de Cabannes à se mettre provisoirement en possession du port et pontage sur l’un et l’autre bord, pour y placer, maintenir, remonter et descendre par circonstances des crues d’eau, un ou plusieurs bateaux suffisant à pareil établissement…

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En naviguant, non pas sur la Durance, mais sur le net, nous avons trouvé cette image du Cabinet des estampes de la bibliothèque nationale de France, qui montre, côté Vaucluse :  « Le bac de Bonpas sur la Durance était affermé par les moines de la Chartreuse qui en possédaient les droits ».

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A propos des tarifs, sachez que pour passer la Durance en utilisant le bac, cela coutait 1 sol pour un homme à pied, 12 sols pour une charrette à deux bêtes, 5 sols pour un cheval et 10 sols, aller retour, pour le passage d’un courrier avec le postillon…

Il y avait donc un port à Cabannes. Il y avait un bac, il y avait un conflit de voisinage…dont une des conséquences, d’après M. Vidau, est que « pour contenter tout le monde » l’Etat décida de la construction d’un pont au lieu actuel et de la route qui y aboutit ; qui, maladroitement, ne dessert ni Noves ni Cabannes. Il rajoutait : « Les agents de l’Etat ne méritent très certainement pas des félicitations pour ce haut fait »…Que dirait il de la construction de l’autoroute, de la ligne TGV et surtout du tracé de la rocade en 2013 ?  Mais on ne refait pas l’histoire.

Cette chronique est un peu longue, mais il y a une question que nous devons rapidement évoquer, c’est le pont de Bonpas.

Dans un article intitulé de Maupas à  Bonpas,  j’en faisais un bref historique « au hasard du net ». je ne vais donc pas le refaire ici mais simplement évoquer quelques repères succincts écrits par  Léopold Vidau en 1913.

Il évoque qu’ « un point stratégique de cette importance n’avait pu passer inaperçu à la haute compétence des généraux romains ; aussi c’étaient ils empresser d’y construire un pont en pierre de grand appareil »…Plus loin il relate que« le conseil de Ville, en fut appelé à discuter de l’opportunité de la reconstruction d’un pont sur la Durance, à la place de l’ancien « où il y avait des vestiges ». »…Il affirme en effet que d’après un acte,  « le pont de Bonpas aurait été édifié dans le IXième ou le commencement du Xième siècle par des chanoines de Saint Augustin… »…il évoque également « une vente faite en 1166 par l’évêque d’Avignon aux ministres, maîtres hospitaliers ou fabriquant de pont appelé Malipassi (Mauvais pas) ou Mallus-passus de la moitié du prix du passage acquitté… »

Plus loin, il précise qu’en 1241, le pont existait en entier et que les troupes du comte de Toulouse le détruisirent en partie…Qu’en 1290, Charles II entreprit de le reconstruire, la violence des eaux l’ayant emporté…Mais en 1384 dans un écrit il est dit que « les arcs construits sur les piles existants…était tellement rompus et démolis que personne n’y pouvait passer… »….En 1524, des piles existaient encore…

 

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Après la destruction complète, il est dit : « les voyageurs continuèrent à traverser la rivière au même point au moyen d’une barque ; il existe encore à Peirevert, sur la rive gauche, où s’effectuait le péage, un lieu appelé le bureau. ». Lieu indiqué sur cette carte Cassini.

Enfin, M. Vidau, relate la construction d’un pont sur chevalets en 1803 et achevé en 1807.

Un manuscrit conservé aux archives départementales, précise «le caractère terrible des crues de la rivière et la nécessité d'ancrer le futur pont sur de solides piles de maçonnerie. Les pierres retenues pour la construction des piles sont celles de la carrière dite "la Mine" à Bonpas ; quant au bois, comme pour le "pont en charpente" d'Avignon, c'est le mélèze des Préalpes qui est retenu. »

 

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Malgré cela, il semble que rien n’y fit et que la crue de 1886 emporta une partie de cet ouvrage qui fut remplacé en 1892 par « un superbe pont suspendu » qui fut livré à la circulation en 1895….En voici quelques unes dont une trouvée sur l’excellent site : nationale7.com.

 

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Léopold Vidau ne pouvait pas prédire à cette époque là que le pont suspendu de Bonpas sera détruit en août 1944, lors de la retraite des armées allemandes. Il ne pouvait pas savoir qu’en 1954, la traversée de la rivière se fera sur un nouveau pont de 500 mètres de long soutenu par douze arches, que le pont routier sera doublé d'un pont autoroutier…il ne pouvait pas imaginer les embouteillages permanents…

 

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Voila donc pour cette chronique du jour, certes un peu longue.

 

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Je termine donc par trois observations.

La première c’est qu’en l’écrivant, mes pensées sont allées à lever les yeux dans la salle du conseil pour voir un bas relief allégorique dédié à la Durance.

La deuxième, est qu’à l’occasion de l’assemblée générale des amis du vieux Cabannes, hier soir, Adolphe Dumas fut cité. Adolphe Dumas, ami de Fréderic Mistral, poète romantique qui a chanté la révolution de 1830, est né à Bonpas où ses amis félibres avaient posé une plaque en marbre en 1892.

La troisième, est que pour conclure, je citerai ce que les Provençaux, las d’attendre un meilleur sort, disaient s’adressant à Maurice Riquet, lieutenant général, commandant la province, en 1789 :

Riquet, tiens toi pour averti

Que trois pouvoirs sont en Provence :

Parlement, Mistral et Durance.

 

Rendez vous le 26 avril à 19 heures, au centre socio culturel….

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