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Ce matin à Cabannes s’est déroulée la cérémonie commémorative du 11 novembre sous, on peut le dire, des trombes d’eau.

Malgré la pluie, et devant une foule venue nombreuse, la cérémonie a été marquée par diverses interventions des enfants de la commune lisant des lettres de poilus.

Parmi elles, nous en publions ci après 2 lues devant le monument aux morts par des élèves de la classe de MME Delaunay.

 « 11 octobre  1916, Lettre à mon fils qui vient d’avoir 9 ans »

Albert Jean Desprès

Mon cher petit,
Tu viens d’avoir 9 ans, et cet âge charmant, le voici devenu le plus émouvant des âges. Trop jeune encore pour participer à la guerre, tu es assez grand pour avoir l’esprit marqué de ses souvenirs, assez raisonnable pour comprendre que c’est toi, c’est vous les enfants de neuf ans, qui aurez plus tard à en mesurer les conséquences et à en appliquer les leçons.

Quelle belle vie, harmonieuse et pleine, nous vous aurons préparée là, si vous savez en effet, si vous voulez vous souvenir et comprendre ! C’est pour que tu te souviennes mon petit que j’accepte volontiers les angoisses de l’heure, tous les risques, et la séparation plus cruelle que tout, qui bouleverse le cher foyer où nous vivions avec ta mère, où nous t’avons tant choyé.
Et comme au temps où tu étais un « tout petit », et où je t’assoyais sur mes genoux, pour te raconter des histoires ou te montrer de belles images, écoute, de toute ta tendresse attentive, des choses qui d’abord sembleront peut-être un peu graves, même à un grand garçon de neuf ans, mais que je serai plus tranquille de t’avoir dites, mon cher petit, assuré que, de ma bouche, tu t’y attacheras d’avantage, et tu les comprendras – oui, ton papa sera ainsi plus tranquille si, la guerre finie, il devait n’être plus là pour te les expliquer.

Tes neufs ans qui te préservent, qui te gardent à ta mère – à moi, et à la France – tes neuf ans, pourtant comme je les bénis !
Je ne me crois coupable ni de faiblesse ni de sensiblerie.
J’admire ce Général, que je connais, et qui ne porte pas le deuil de ses fils, et qui n’en parle jamais, - deux fils, toute sa tendresse et tout son orgueil, tombés le même jour, 20 ans et 19 ans, - qui ne porte pas leur deuil « pour ne pas attrister et amollir le courage de ses hommes ».
Je l’admire, je ne sais pas si j’aurais la force de l’imiter. Je t’aurais serré contre mon cœur et puis, sans larmes, sans cris, comme les autres, j’aurais attendu et coopéré.

Mais il ne me sera pas défendu de me réjouir si ce fut mon tour et non pas le tien, et si c’est moi qui suis parti, et que tu restes. C’est à mon sens, un des problèmes les plus poignants d’une guerre, de choisir par avance lesquels de ses défenseurs nés, une nation doit offrir les premiers au sacrifice.


Je dis franchement. Un homme de 35 ans qui meurt, est un foyer détruit, avec toutes ses responsabilités et ses charges ; mais je ne puis m’empêcher de me demander s’il n’y a pas encore plus de tristesse lorsque ce qui est brutalement détruit, c’est l’espoir même du foyer.

Certes je sens combien, à quitter ma chère femme et mon enfant chéri, mon chagrin serait immense mais du moins par eux, j’aurais eu des années de bonheur et d’amour, et l’amertume de mes regrets ne se résumera qu’à la douceur de mes souvenirs.
Je regretterai ce que je n’ai pas fait, tout ce que j’aurais du pouvoir faire ; mais je penserai en même temps que tu es là, toi mon fils, pour me continuer, pour réaliser ce que j’avais seulement projeté ou rêvé.
La mort de l’enfant est accablante et stérile, celle du père, une mort noble comme toutes les morts d’aujourd’hui, apparaît bien au contraire exaltante et féconde.

Comprends-tu maintenant, mon petit gars, tout ce que nous avons mis en vous, nous les pères, à cette heure grave, tout ce que nous attendons de vous, fils de 9 ans, et pourquoi je dis qu’en partant les premiers nous aurions la meilleure part ? Car si Dieu ne permet pas que la fin de la guerre nous réunisse comme autrefois, au lieu du vide affreux, du morne désespoir où m’eût plongé ta perte, ma dernière pensée aura été réconfortante et douce, celle du souvenir et de l’exemple que j’aurai tâché de laisser.


Albert- jean Després fut tué le 21 avril 1918, à 37 ans, au cours de la bataille des Flandres.

 

Lettre de Joseph Thomas à son fils de 15 mois. 5 août 1915

A mon petit Armand

Tu es encore bien jeune et ne peux comprendre ce qui se passe en ce moment : la guerre, ses horreurs, ses souffrances. Cette carte sera un souvenir de ton père, et il souhaite qu’à l’avenir les hommes soient meilleurs et que semblables choses ne puissent plus arriver. Que jamais tu n’es besoin, et sois forcé, de mener la vie que je subis en ce moment en compagnie de beaucoup de papas qui ont laissé, comme moi, de petits anges chez eux.

Joseph Thomas fut tué le 30 mars 1916 à Verdun

 

Voici 2 clichés avec mes excuses pour la qualité.

Cabannes: 11 novembre 2014...il y a 100 ans
Cabannes: 11 novembre 2014...il y a 100 ans
Cabannes: 11 novembre 2014...il y a 100 ans

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