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Lors du conseil municipal du 18 décembre, M. le Maire a lu un courrier de Mme Nicette Aubert, conseillère municipale Châteaurenard, dont l'objet est de proposer de donner le nom de Nelson Mandela au futur Lycée. L'avis des élus étaient donc sollicités et je porte à votre connaissance notre intervention qui fut pratiquement la seule.

Mesdames, messieurs, chers collègues,

Ainsi est soumise au conseil municipal une proposition de nommer le futur lycée du nom de Nelson Mandela…Cette proposition de notre collègue Nicette Aubert, je la partage, mais elle m’a invité à porter réflexion sur le sens des choses.

Aujourd'hui, Madiba est, pour reprendre l’expression, « rentré à la maison » et il me parait utile de rappeler fortement que Nelson Mandela n'a jamais voulu être une icône, lui, dont les premiers mots à sa sortie de prison, furent : « Je suis ici devant vous, non comme un prophète, mais comme votre humble serviteur ».

Nommer un établissement scolaire de son nom c’est effectivement pour moi inscrire dans l’histoire le combat d’une vie, qui fut le symbole de la lutte collective de tout un peuple.

Celle d’un jeune sud-africain avocat noir, celle du militant de la Charte de la liberté adoptée par le Congrès du Peuple en 1955, à Soweto, celle d’un révolutionnaire qui fait le choix de la lutte armée, quand la tyrannie de l'apartheid ferma toutes les portes de la non violence, celle d’un responsable politique qui traverse avec courage et sans haine 27 années de bagne et de prison, celle du premier Président sud-africain élu au suffrage démocratique non racial, symbole de l'union d'un peuple dans sa lutte pour la liberté, la paix et une nouvelle Afrique du Sud.

Depuis sa disparition les hommages se multiplient mais l'hommage le plus sincère que nous pouvons rendre à Nelson Mandela est d'éviter les artifices d'une célébration vidée de sens. Un hommage qui porterait au pinacle l'homme de la réconciliation et masquant volontairement l'homme de combat.

Nelson Mandela ne fut qu'un. La dureté de sa lutte est indissociable de son ambition de réunification, fondée sur l'égalité de tous les Sud-Africains. Il n’y a pas eu d’abord Mandela le révolutionnaire, puis Mandela le réconciliateur. Il a toujours été les deux.

Nelson Mandela est universel, il est le visage réconfortant, familier de ceux qui n'abdiquent pas face à la ségrégation, la discrimination, l'exploitation, l'oppression, de ceux qui tendent la main, qui rassemblent autour de causes justes qui font l'essence de l'humanité.

Rendre hommage à Mandela, c'est parler d'un peuple et de sa lutte contre le régime de l'apartheid, déclaré crime contre l'Humanité.

Le mouvement émancipateur dont Nelson Mandela fut l’un des acteurs est éminemment politique. Il dépasse le seul parcours individuel d’un homme aussi exceptionnel soit-il. Il fut ce que la force collective, le combat commun, le rassemblement peuvent produire de meilleur.

Rendre hommage à Mandela, c'est aussi prendre la mesure de l'immense mouvement de solidarité internationale qui permit sa libération. Un certains nombre d’entre nous se souvient que beaucoup le considérait comme un terroriste mais que beaucoup d’autre en France, dès sa condamnation en 1964, ont joué un grand rôle dans la médiatisation du sort et du combat du matricule 446-64 de la prison de Robben Island.

Rappelons-nous au début des années 80, un sondage réalisé attestait que seuls 2% de la population française connaissaient le nom de Mandela. Il en a fallu, des combats et des mobilisations. Des manifestations de soutien aux occupations d’ambassade en passant par les concerts et les tags sauvages « libérez Mandela

Oui, donnons ce nom à ce futur lycée et donnons du sens à tout cela !

Sa libération, le 11 février 1990, fut accompagnée d’une grande explosion de joie. Comme vous peut être, je m’en souviens encore.

Alors, aujourd’hui, alors que Madiba n’est plus, que l'Afrique du Sud poursuit son combat vers l'émancipation humaine, que le combat fait rage en Afrique et partout dans le monde pour continuer à faire avancer la justice et l'égalité, nous ne saurions mieux lui rendre hommage qu’en perpétuant son héritage de lutte, et son esprit de rassemblement.

Un lycée pourrait donc porter son nom pour que nous ayons, et que les générations futures aient le courage de continuer nos combats pour l’émancipation humaine et pour porter plus haut le combat anti raciste.

Le sens des choses...

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